"L'ANTICHAMBRE DE L'ENFER" !!!!
J'ai découvert l'écrivain italien Donato Carrisi avec son premier thriller littéraire "Le Chuchoteur". Aussi talentueux que certains grands auteurs américains adeptes du genre, Carrisi - né en 1973 - a débuté sa carrière comme Juriste spécialisé en criminologie (et sciences du comportement). Le futur écrivain se fait remarquer en délivrant une thèse sur Luigi Chiatti, tueur en série italien : surnommé le Monstre de Foligno, Chiatti est arrêté en 1993 pour le meurtre d'un garçon de 13 ans et avoue aussi l'assassinat d'une petite fille de 4 ans. Il purge, actuellement, une peine de 30 ans. L'auteur italien s'inspirera du mode opératoire du "monstre" pour écrire "Le Chuchoteur" en 2010. Ce dernier - paru en 2011 - connaîtra un vif succès, accompagné de belles récompenses littéraires. Depuis Donato Carrisi continue son voyage stylistique au coeur du bien et du mal. Si son deuxième ouvrage "Le Tribunal des Ames" m'a un peu moins emballé (trop d'intrigues à la clef), l'écrivain italien reste un très bon maître du polar qui oeuvre aussi dans l'écriture de scénario. Il ne me reste plus qu'à me plonger dans ses deux derniers ouvrages sortis en 2013 et 2014 : "L'écorchée" et "La femme aux fleurs de papiers" !!!!
Depuis qu'ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d'agents ont l'impression d'être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d'un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d'appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d'enlèvement. Dans le huis-clos d'un appartement converti en QG, Gavita et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.....
Si vous avez aimé "Le Silence des Agneaux" de Thomas Harris, vous ne pourrez qu'apprécier l'univers du "Chuchoteur", à une différence près : Le livre de Donato Carrisi révèle son excellence dans la deuxième partie du récit, la première étant une mise en place sans surprises mais tout de même nécessaire au bon fonctionnement de la future mécanique littéraire brillamment pensé par l'écrivain italien. De par son passé de juriste, expert en criminologie, Carrisi déroule avec minutie les us et coutumes d'un sérial Killer très très particulier !
Il est souvent le cas dans ce genre d'écrits de découvrir une intrigue à plusieurs tiroirs; "Le Chuchoteur" ne déroge pas à la règle : cinq petites filles ont disparu. Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche. Puis un bras supplémentaire. De ce constat morbide, embarqué dans un roman (fouillé) imbriquant des enquêtes les unes dans les autres, il va être très difficile pour le lecteur de dénicher le criminel; ce dernier étant un tueur atypique, un tueur "subliminale", le Chuchoteur. Je ne connaissais pas cette "race" de sérial killer mais ce Chuchoteur manipule, murmure, souffle aux autres les actes assassins : cet escamoteur choisira méthodiquement ceux qui passeront à l'acte pour lui; d'où la difficulté de l'impliquer dans ces meurtres !
Maniant avec habilité les techniques de profilage, Donato Carrisi - très documenté - dresse le portrait d'un assassin intelligent et insaisissable. Au travers d'une plume précise, l'auteur italien multiplie les rebondissements, brouille les pistes; installe une tension puis un suspens grandissant. Bien que troublant et dérangeant, l'écriture fluide de Carrisi ne tombe jamais dans la facilité et la débauche d'effets; la subtilité étant le maître mot de son redoutable polar. Totalement sous l'emprise de ce Chuchoteur - transformer en véritable petite enquêtrice - j'ai eu beaucoup de mal à lâcher sans savoir le fin mot de cette sombre histoire. De ces meurtriers multiples, de ces corps et ces esprits torturés "Le Chuchoteur" se résume en une phrase " Tout le monde a quelque chose à cacher, n'importe lequel d'entre nous......" : Le cauchemar ne fait que commencer !!!!
EXTRAIT
"Ce fut comme entrer dans une autre dimension. Ces quelques mètres carrés où la lumière du soleil était altérée par celle, artificielle et froide, des lampes halogènes, constituaient un autre univers, avec des règles et des lois physiques totalement différentes de celles de notre monde. Aux trois dimensions, la hauteur, la largeur et la profondeur, s'en ajoutait une quatrième : le vide. Tous les criminologues savent que c'est justement dans les "vides" d'une scène de crime que se trouvent les réponses. En remplissant ces espaces avec la présence de la victime et du bourreau, on reconstruit un crime, on donne un sens à la violence, on éclaire l'inconnu. On dilate le temps, en essayant de l'étirer vers l'arrière, dans une tension qui dure toujours trop peu et qui ne se répétera plus jamais. C'est pour cela que la première impression sur une scène de crime est toujours la plus importante."
"Quand on tue les enfants, Dieu se tait, et le diable murmure."





