" JOE : CAGE ENFIN DE RETOUR " !!!!
"Joe" a été réalisé par David Gordon Green. Sortie en salle le 30 avril 2014.
Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit. Mais le jour où Gary, un gamin de 15 ans arrive en ville, cherchant désespérément un travail pour faire vivre sa famille, Joe voit là l’occasion d’expier ses péchés et de devenir, pour une fois dans sa vie, important pour quelqu’un. Cherchant la rédemption, il va prendre Gary sous son aile…
S'il y a bien un film que je regrette de ne pas être allée voir en début d'année 2014, c'est bien celui-ci ! Ma prochaine biographie sera consacrée à Nicolas Cage (oui, nous aimons le mal-aimé d'Hollywood sur ce blog) et quel plaisir de retrouver le comédien, loin, très loin des films alimentaires, au diapason de son art.
"Joe" est tiré à la base d'un roman américain de Larry Brown (décédé en 2004) qui mettait en avant des personnages désabusés, en marge de la société. Son écriture faisait partie d'une mouvance littéraire "Le réalisme sale" en référence à d'autres grands écrivains américains comme Cormac McCarthy. Depuis quelque temps, le cinéma indépendant U.S lorgne dans cette Amérique misérabiliste et délivre certaines oeuvres cinématographiques (différentes mais semblables) comme "Mud", "Out of The Furnace", "Killer Joe" - par ailleurs parfaites - évoquant et rendant un fiévreux hommage aux grandes heures d'un cinéma des années 70 : celles de réalisateurs comme Sam Peckinpah, Michael Cimino ou encore William Friedkin. Si certains critiques ont beaucoup de mal à digérer que des stars hollywoodiens, royalement payées (je ne rentrerai pas dans un débat stérile, à savoir les salaires indécents de tous ces comédiens(nes) que nous sommes nombreux(ses) - malgré notre passion pour le 7ème Art - à souligner sur la toile) endossent - le temps d'un film - le costume de cette "misère"- véritable visage d'une Amérique en perdition - d'autres saluent le travail de ces cinéastes qui veulent livrer au cinéphile un cinéma "d'intelligence" et dresser un tableau saisissant de notre société actuelle ! "Joe" ne déroge pas à la règle, David Gordon Green livre un long-métrage social, pas exempt de quelques défauts (j'y reviendrai plus tard) où la violence est, avant tout, morale.
Le rêve américain est que pure illusion en ces difficiles années 2000, l'histoire de ces deux égarés un ex-taulard et un gamin de 15 ans en offre la meilleure preuve. Il ne fait plus bon vivre au pays de l'oncle Sam pour un plus grand nombre d'entre eux, et pourtant Joe Ransom veut y croire quand il prend sous son aile protectrice le jeune Gary. Il trouve en l'adolescent cette rédemption tant attendue d'un homme résolument bordeline, qui a toujours du mal à refermer ses propres blessures. De sa narration brutale, David Gordon Green fait ressortir toute cette "saleté" ambiante, difficile à regarder, à digérer. Bien que lent (le début est proche du documentaire), le film nous plonge dés lors dans un paysage abîmé, "rouillé" à l'image de toutes ces carcasses de voitures, de tous ces détritus, de ces maisons délabrées qui habillent une ville texane et ses forêts autant que les âmes désoeuvrées qui y résident. Si le film de Scott Cooper "Out of The Furnace" m'avait interpellé (voir la critique http://christianbalefan.over-blog.com/2014/03/les-brasiers-de-scott-cooper.html ) par son terrible constat social, "Joe" va beaucoup plus loin, appuie davantage sur cette détresse, au regard de deux scènes d'une brutalité fulgurante mais sommes toutes banales, il n'y a qu'à regarder nos infos ! A la fois sauvage et belle, l'oeuvre de Green se pare d'une mélancolie à la classicisme sobriété où une nouvelle fois Cage prouve à ses nombreux détracteurs qu'il est et restera toujours un excellent tragédien. Son joe Ransom s'avère complexe, ni tout blanc ni tout noir (en rappel à sa magistrale interprétation de "Leaving Las Vegas") accompagné du jeune Tye Sheridan ("Tree Of Life", "Mud") qui ne choisit pas la facilité au regard de ses précédents rôles : un grand à en devenir ? Seul, l'avenir nous le dira. Mais bien que la réalisation de David Gordon Green demeure convaincante dans son réalisme âpre tout aussi bien que dans sa pure contemplation très "malickienne", comme je l'ai précisé - au-dessus - son long-métrage (assez proche du travail de Jeff Nichols pour "Mud) souffre d'un misérabilisme quelque peu démonstratif sauvé par le jeu de tous les acteurs et d'une fin complaisante; à l'instar d'un " No Country For Odl Men" ou d'un "The Road" oeuvres littéraires de McCarthy, foncièrement noires jusqu'à la dernière virgule. Mais cela n'enlève en rien l'excellence de son exécution (d'où mon regret de l'avoir raté à sa sortie en salle) pour peu que l'on apprécie un cinéma à l'émotion rude qui n'épargne en rien le spectateur, le mettant face à ce qu'il y a de plus terrible : l'alcoolisme, la perte de tous repères éducatifs, affectifs, l'innocence bafouée, le chômage, l'individualisme, la pauvreté toujours plus grandissante, les laissés pour compte.
Thriller puissant "Joe" prend aux tripes; dans une Amérique paumée où le cruel parfum de l'alcool se mêle aux espoirs humains, s'il y a bien une formidable rédemption à relever, c'est celle de l'immense Nicolas Cage, toujours Meilleur parmi les Meilleurs : pour le coup, MERCI au cinéaste David Gordon Green de l'avoir magnifiée !!!!
Pour ceux (celles) qui hésiteraient encore, je ne peux que leur conseiller de visionner le long-métrage de David Gordon Green, actuellement dans les bacs. Dans sa forme Blu Ray, au-delà du film, les bonus (pour une fois) s'avèrent très intéressants dont un making-of et un documentaire sur l'écrivain Larry Brown.
Mais si dans ma critique, je relève avant tout l'impressionnante prestation de Nicolas Cage, je voudrais féliciter le cinéaste Gordon Green pour avoir fait le choix d'un grand nombre d'amateurs dans le film (rares sont les réalisateurs à le faire) dont un tout particulièrement : Gary Poulter qui interprète avec brio le rôle du père alcoolique de Tye Sheridan. J'ai été bouleversé d'apprendre que cet homme était un véritable S.D.F qui, depuis toujours, rêvé d'embrasser la carrière d'acteur. N'ayant pas eu un parcours de vie facile, alcool, drogue... (à l'image de son triste personnage) Poulter réussit à dégoter quelques petits rôles et c'est grâce à un casting sauvage (son troisième) qu'il est choisi - Gordon Green privilégiant de vrais "gueules" authentiques, qu'il déniche dans les rues - Tout ce qu'il en découle, c'est qu'il s'y cache des trésors de comédiens comme Poulter. Face à Nicolas Cage (et fort de son propre passif) il s'impose et démontre que la comédie et la dramaturgie n'ont nullement besoin de grands cours de théâtre (ou formations en tous genres), le talent étant inné dès la naissance : on l'a ou on l'a pas. Et ce sacré bonhomme en avait à revendre (Cage, pris d'affection pour l'homme, le soulignera dans plusieurs de ses interviews), un très bon acteur à en devenir dont, malheureusement, le tragique destin en décidera autrement : la police retrouvera le corps sans vie de Gary Poulter le 19 février 2013 (deux mois après la fin du tournage) dans un lac. La veille, l'homme avait été admis à l'hôpital pour une intoxication éthylique. Triste et regrettable, à l'image de l'Amérique d'Obama.





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