" LOCKE / UNE VOITURE, UNE ROUTE, LE THEATRE D'UNE NUIT, D'UNE VIE " !!!
"Locke" a été réalisé par Steven Knight. Sortie en salle le 23 juillet 2014.
Ivan Locke a tout pour être heureux : une famille unie, un job de rêve… Mais la veille de ce qui devrait être le couronnement de sa carrière, un coup de téléphone fait tout basculer…
Si l'annonce de la sortie de "Locke" était prévue pour juillet, il aura fallu la longue attente d'un mois supplémentaire (après une première déprogrammation) pour enfin le voir sur le sol Aixois !
Après avoir marqué les esprits avec l'angoissant (et réussi) Burried, le cinéma indépendant continue sa péripétie dans l'expérimental (visant un plus large public) avec Locke. Les bases sont très vites posées : un homme, la route, un téléphone et des interlocuteurs(ices). Le film de Steven Knight ne cherchera pas à proposer davantage. On pourrait très vite redouter en 1H30 l'ennui ou une répétitivité . Et la surprise est de constater que ces éléments font partie intégrante de l'histoire. Aux grands damnes des trailers ou coups de marketing. Locke n'est absolument pas une sorte de thriller en temps réel ou un long-métrage à suspens; ici, c'est la reproduction "brute" du trajet qui est l'enjeu du récit. Tom Hardy nous fait vivre son parcours en jouant de sa voix et de son regard obnubilé par la route. Sa prestation est hallucinante; cela pourrait paraître totalement stupide mais sa façon de simuler un rhume (et de remonter sans cesse les manches de sa chemise, attitude somme toute naturelle) qui m'a le plus impressionné. Il est entièrement ce Ivan Locke, père de famille courant à sa perte sociale où la barrière entre l'acteur et le personnage est infime, grâce à un simple rhume imposant des gestes du quotidien parfaitement exécutés (je suis sûrement fou mais pendant la projection, cet élément m'a frappé).
Si la voiture est une extension de Locke ou de sa bulle psychologique, la route est la deuxième grande protagoniste du film. Sorte de purgatoire, elle ne nous permet que très peu repères : la lumière reste sensiblement la même, peu de plans d'ensemble, les autres véhicules n'existent que par les détails ou par le son, l'extérieur est flou...On s'enfonce dans cette nuit sans savoir exactement où nous sommes ou ce qui nous entoure. Les voix deviennent des esprits fantomatiques venant tourmenter et détourner l'objectif de notre héros; empathie et lutte seront les armes de Locke. Le réalisateur ira encore plus loin dans cette dimension surnaturelle avec certains dialogues de Tom Hardy (mais je n'en dirais pas plus).
Evidemment, cet aspect n'est qu'une lecture possible du voyage. Ce manque de repères est aussi un désir d'universaliser avec une voiture qui n'est rien d'autre qu'un lieux reposant sur le dialogue avec ses questions et ses choix. Le spectateur retrouve son rôle de passager et plonge naturellement dans la trame. Le cinquième mur est brisé; on ressent les secousses, la fatigue, on est dans la voiture ! Cette tranche de vie n'est rien de plus qu'une histoire parmi celles des voyageurs(ses) croisés par Ivan Locke. Le génie du cinéaste est d'avoir su simuler la disparition des dispositifs du cinéma, comme si tout ce que nous voyons se déroule vraiment en temps réel, sans montage ou perturbation.
Locke devient une épopée intime où la contrainte de la route force notre héros a toujours avancer, s'enfonçant un peu plus dans l'incertitude. A la fois proche du documentaire que des grandes manipulations du cinéma, le pari est gagné : on vit et on croit Tom Hardy sans s'ennuyer une seule seconde. Une oeuvre magistrale tant elle est simpliste !!!
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Pour ceux et celles qui ont apprécié ce parti pris, je vous conseille chaudement Ten de Abbas Kiarostami