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Obsession et démesure !!!

Publié le par 007bond

Né à vienne en 1881, fils d'un riche industriel, Stefan Zweig a pu étudier en toute liberté l'histoire, les belles-lettres et la philosophie. Poète, dramaturge, romancier, il est l'auteur d'essais sur Stendhal, Hölderlin, Dostoïevski, Nietzsche. Grand biographe, cet humaniste excelle aussi dans le genre de la nouvelle. Il s'exile - avec la montée du nazisme - d'Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre, puis aux Etats-Unis. C'est au Brésil, en 1942, qu'il se suicide avec sa femme. Il a aussi laissé des biographies de Magellan, Marie Stuart, Marie Antoinette et Fouché, ainsi que sa correspondance.

"J'ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu'à les juger."Stefan Zweig.

 

"La démesure des sentiments"

Quoi de plus terrible de trop choyer pour ensuite totalement ignorer ! Cette petite nouvelle de Stefan Zweig - qui se lit d'une traite - en est le plus bel exemple.

Betsy et son mari, un couple de retraités font la connaissance de leurs nouveaux voisins, les Limpley : autant Mme Limpley est une personne discrète, à l'inverse John Limpley - son époux - est un homme, bien qu'aimable, exubérant, enthousiaste pour tout et rien, d'une vitalité débordante. L'on pourrait croire que Mme Limpley est malheureuse face à cette "tornade" qu'est son homme, il n'en est point. Bien qu'heureuse, difficile de ne pas être épuisée par cette force de la nature. Pour atténuer "ce sur trop", Betsy croit bien faire en offrant au jeune couple un adorable chiot répondant au nom de Ponto. John, fou de joie et comme à son habitude, se jette sur l'animal, le couvrant d'immenses attentions qui transforment, dans le temps, Ponto en une bête capricieuse, fière : il devient le véritable maître de la maison; Limpley n'étant que son humble serf. Mais une nouvelle va tout changer, le jeune couple - après des années - attend leur 1er enfant, une petite fille. Dès lors, Limpley ignore Ponto et, toujours aussi excessif, s'occupe essentiellement de sa petite famille. Délaissé, meurtri, jaloux, l'animal n'aura qu'un seul but : détruire l'ennemi qui lui a pris sa place : l'enfant.

Avec beaucoup de justesse et "fort" de descriptions sur l'obsession, la tyrannie, le "trop", Stefan Zweig dresse un portrait psychologique réussi sur Ponto ainsi que sur John Limpley. Tous les sentiments, les ressentis sont peaufinés avec exactitude et, bien évidemment c'est la psychologie de l'animal qui reste la plus intéressante. Dès son arrivée, au coeur de ce couple, on est saisi par sa capacité à tout s'approprier, avec intelligence, autorité. Zweig, sous sa plume, trouve les mots pour nous faire autant aimer que détester cet animal; et bien que l'on ne peut accepter le drame à venir, à mes yeux, le coupable reste Limpley dont "la démesure de ses sentiments" est la principale meurtrière  !!!

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EXTRAITS

" Humainement Limpley était irréprochable. Il était débonnaire jusqu'à l'excès, il était altruiste et d'une obligeance telle qu'il fallait à chaque instant décliner ses offres de service... Mais ce qui le rendait difficile à supporter, c'était sa façon bruyante et sonore d'être heureux en permanence... Ce qui lui appartenait, ce qui lui arrivait était splendide, était Wonderful..."

"... Au fil des semaines, Ponto grandit... Tout à fait débonnaire de nature, il commença à devenir capricieux dès qu'il prit conscience de sa position  dominante dans la maison, position qui lui fit adopter une attitude fière et arrogante. Il n'avait pas fallu beaucoup de temps à cet animal intelligent et fin observateur pour constater que son maître, ou plutôt son esclave, lui passait toutes ses effronteries..."

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